Dimanche 16 novembre 2008
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Lettre n°2 - Archipel de Kerguelen
Cela fait déjà 10 jours, et seulement 10, (car il en reste environ 400) que j'ai foulé le sol de l'archipel de Kerguelen ! Ici le travail ne manque pas. Entre la vie sur la base et le suivi
scientifique, j'ai à peine pris le temps d'emménager dans la chambre qui me revient... Mais commençons par le début de l'aventure, la traversée en bateau depuis l’ile de la Réunion.
Avant d'arriver sur les îles de la désolation, 10 jours de mer furent nécessaires, avec une petite escale autour des îles Crozet pour y déposer quelques voisins hivernants. Ce parcours
fut des plus agréables, tant les conditions furent clémentes. La houle ne dépassait jamais 4 ou 5 mètres. Autant dire que la mer était calme pour notre "bateau de croisière", le Marion
Dufresne.
Les jumelles autour du cou et les pieds rivés sur la passerelle, mes amis ornithologues et moi étions à l'affût de toute trace de vie dans l'immensité des mers du sud… Et la
« chasse » fut bonne. Après les avoir admirés, les nombreux oiseaux observés furent recensés pour les recherches du laboratoire de Chizé. Nous n'étions pas en reste en ce qui concerne
les mammifères marins avec le cotoiement d'orques, de cachalots, et de baleines à bosse. Certaines espèces comme la baleine bleue, le rorqual commun et quelques dauphins se montrèrent plus
furtives.
L'intérêt ornithologique et scientifique de ce voyage donne la possibilité d'effectuer un « transect » depuis les côtes de la réunion jusqu’aux côtes des îles subantarctique. Sont
recensés sur cette ligne imaginaire, tous les oiseaux aperçus pendant précisément dix minutes chaque heure. Ces données recueillies depuis maintenant presque 10 ans, au fil des trajets, nous
donnent un aperçu de la répartition des oiseaux en mer, de la variation de leur abondance... Tout cela bien entendu en prenant en compte différents facteurs tels que les conditions climatiques,
la visibilité, etc. Les connaissances sur cette région du globe sont très faibles compte tenu des très rares fréquentations de ces eaux (pas de pêche, ni de route maritime commerciale).
Durant notre trajet, différentes espèces furent répertoriées en fonction des latitudes, à commencer par les espèces des eaux réunionnaises telles que le pétrel de barau, le puffin d'audubon
ou encore le phaeton. Suivirent des oiseaux plus pélagiques, le puffin à pieds pâles, la sterne fuligineuse ou le noddy brun. Puis après une période de deux jours très calme au niveau des
observations les choses "sérieuses" commencèrent. Les premiers pétrels à menton blanc furent aperçus, suivi par les albatros à bec jaune et peu après... le géant des mers, l'albatros hurleur
! La rencontre fut magique. Imaginez un oiseau de 3m50 d'envergure avoisinant les 10 Kilos qui semble comme accroché au ciel par un fil invisible tant sa suspension dans l'air parait
improbable. Il est pourtant là, sorti de nulle part, l'air décontracté, comme s'il n'avait rien à craindre dans « son » royaume. Il suit le bateau, bientôt accompagné des dizaines de
prions et de pétrels géants, avant de disparaître comme il était venu, discrètement, sans un battement d'aile. La liste des espèces observées ne cessa de croître avec l'arrivée de nouvelles
espèces d'albatros (à sourcils noirs, fuligineux, à tête grise...) et à l'approche des côtes, nous découvrîmes nos premiers manchots, gorfous et autres magnifiques cormorans aux yeux bleus.
Ayant eut la chance de ne subir aucun désagrément de notre expédition marine, mon accoutumance au sol stable de Kerguelen s'est accompagné d'un mal de terre bénin me donnant l'impression
d'être sur une île flottante ! Cet archipel, constitué d'environ 300 îles et îlots, est pourtant bien amarré ! Ce n'est qu'une petite partie émergente du
plateau de Kerguelen reposant aujourd'hui à une profondeur moyenne de 200m qui couvre une superficie de 7215 km2 (environ la Corse), et culmine à 1850 mètres.
Me voici maintenant sur la base de port aux français, située dans le Golfe du Morbihan. Les sites d'études, que je visiterai prochainement avec mon prédécesseur encore présent quelques
semaines pour me former, sont principalement situés sur l'est de l'île principale et sur les autres îles du Golfe.
Port aux français (Olivier Gore, 19 novembre 2008, 5h05)
Je vous raconterai dans une prochaine brève la suite de cette aventure, les pieds sur terre cette fois !
Olivier
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